Quand maire de Calais faisait figure de « job pourri »

Maire de Calais, un job pourri

« Le top des jobs pourris : patron du PS, maire de Calais… » Un titre provocateur, rouge et noir sur fond blanc, dans l’oreille gauche de la Une du magazine Marianne. C’était il y a tout juste quatre ans, en couverture du numéro du 13 au 19 octobre 2017. La journaliste Anna Topaloff livrait son « palmarès des jobs maudits » de France, où maire de Calais figurait en bonne place. À côté, par exemple, de patron du PS, DRH d’une usine en crise, ou encore de repreneur du « Grand journal » de Canal +. « Des emplois ingrats, avec beaucoup de coups à prendre« , estime Anna Topaloff.

Extrait de la Une de Marianne 13-19 octobre 2017

« Le top des jobs pourris », dont maire de Calais, s’affiche à la Une de l’hebdomadaire Marianne, le 13 octobre 2017.

« Gérer la question des migrants »

« Je suis censée réussir quelque chose que personne n’a jamais réussi, à aucun niveau : gérer la question des migrants », déclare ainsi la maire Natacha Bouchart dans les colonnes de l’hebdo. Durant son second mandat, la crise migratoire a en effet pris une dimension aigüe, avec la constitution d’une « jungle ». Un bidonville de candidats à l’exil en Angleterre, ayant abrité jusqu’à 10 000 personnes avant son démantèlement, le 24 octobre 2016. Démantèlement qui diminuera l’acuité de la problématique migratoire à Calais, mais ne la supprimera pas.

« Difficile, impossible, mais… passionnant ! »

Dans Marianne, en octobre 2017, Natacha Bouchart définit son métier comme « difficile, impossible, mais…passionnant ! « .  À l’été, elle a renoncé à être candidate au Sénat, poste beaucoup plus « tranquille ». « En réalité, je crois que je m'[y] ennuierais. Ici, [à Calais], j’ai le sentiment d’être utile« , confie l’élue. À la lire, la part « maudite » de son job relèverait du manque de soutien de l’État : « Je ne pensais pas que l’État se défausserait autant sur moi, qu’on me laisserait gérer seule une problématique [migratoire] qui dépasse largement la commune ».

L’État aux abonnés absents ?

Un jugement qui occulte d’autres réalités calaisiennes difficiles à l’époque, notamment l’important chômage. Un jugement qui, surtout, est inexact. Natacha Bouchart oublie l’implication de Bernard Cazeneuve,  alors ministre de l’Intérieur, dans le dossier des migrants. Il est venu 9 fois à Calais entre 2014 et 2016, un record. Et a fait suivre le démantèlement de la « jungle » d’un plan d’accueil des migrants dans la France entière. La maire de Calais passe aussi sous silence la présence policière massive, le rôle de l’État dans l’aide humanitaire aux migrants, et le contrat de territoire signé en novembre 2015.

Des millions pour Calais

Ce contrat est une contrepartie financière à la forte présence migratoire dans Calais. Il se monte alors à 150 millions dont 50 apportés par l’État, 50 par la ville de Calais et l’agglomération, 25 millions par la Région des Hauts-de-France et autant par le Département du Pas-de-Calais. Plus tard, ce fonds financera en partie la réalisation des projets Dragon et restructuration du front de mer… Concernant le dispositif de l’État à Calais pour les migrants, François Guennoc, vice-président de l’Auberge des migrants, le jugeait lui « considérable » dans La Voix du Nord du 14 octobre 2017. Il taclait d’ailleurs la maire de Calais qui « malgré les injonctions du conseil d’État de créer des accès à l’eau, refuse et se repose sur l’État dont elle dénonce l’inaction. »

D’autres candidats au job !

« Il n’y a pas beaucoup de volontaires pour me remplacer« , glissait l’élue en conclusion de son propos à Marianne en octobre 2017. Cinq autres prétendants au poste de maire l’avaient toutefois affrontée aux élections de 2014. Idem en 2020. Le job de maire de Calais, avant et maintenant, est donc loin de faire figure d’épouvantail ! Et vous, ce poste vous tenterait-il ?

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